Catherine CHARMES : Façonner de l’égalité entre les parties

Interview  – Septembre 2014

Catherine CHARMES est avocate au barreau de Paris depuis 20 ans. Elle assiste employeurs et salariés pour sortir des conflits du travail. 

Elle nous explique la manière dont l’avocat, en devenant le porte-parole de son client, permet de créer de l’égalité entre les parties. Catherine Charmes instruit ses dossiers en ayant pour visée une sortie raisonnée des litiges.

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Comment définis tu le métier d’avocat ?

Catherine Charmes. L’avocat a un rôle de compréhension des personnes. Il est à la fois dans l’écoute et dans la parole. Il donne son assurance, ses connaissances à celui qui ne les a pas et devient le porte-parole de son client. Le passage par l’avocat permet de fabriquer de l’égalité entre les parties.

Tu travailles essentiellement sur des situations de conflits du travail, peux-tu nous dire comment tu abordes ces questions ?

Catherine Charmes. Mon objectif est un règlement raisonné du litige.

Lorsqu’un client me consulte, il me confie une histoire composée de faits qui recouvrent un ensemble d’éléments concrets, affectifs, juridiques. Il s’agit de mettre en mots des sentiments d’injustice, de colère, parfois de clarifier des revendications ou de la souffrance, d’aller au-delà de la haine de soi et de l’autre. Plus concrètement, je nomme les faits et les traduis au niveau juridique afin d’imaginer les différentes issues envisageables.

Commence ensuite l’instruction du dossier, la recherche des preuves, le contact avec la partie adverse, la négociation, le procès éventuel… C’est la rencontre et la prise en considération de l’autre. Et lorsque nous sommes sur des dossiers en contentieux, les parties sont très réactives et dans l’incompréhension réciproque.

A quoi sert selon toi le passage par l’avocat lors d’un conflit du travail ?

Catherine Charmes. Mon travail consiste à comprendre avec mon client ses besoins réels puis de les défendre.

Cette activité est d’autant plus intéressante quand nous en sommes au stade de la prévention de « l’inflammation » des conflits, car elle génère un bénéfice économique pour les deux parties (énergie, temps et argent : recrutement – formation ou recherche d’emploi) et préserve également l’image individuelle et la réputation d’une marque, d’une entreprise.

Le métier d’avocate permet de mettre une respiration entre le vécu brut d’une personne et les transformations à imaginer ; j’utilise la loi pour sortir du conflit ou modifier une situation qui ne convient plus, bref, pour redonner du mouvement à la vie.

Avec les particuliers, c’est aussi parfois les amener à réaliser qu’ils ont dépassé leurs propres limites. Un avocat peut recevoir des personnes qui sont en dépression ou en burn-out. Il peut être important de reconnaître « les torts » de l’entreprise mais aussi de se demander « jusqu’où suis-je allé ? » ; « Quelles sont mes limites ? ». Le principe de la fonction paternelle, ou de la fonction de la loi, est d’avoir accès au « non » et aux limites mutuelles pour le bien de chacun et de la relation

Qu’est-ce qui va faire selon toi que l’on va reconnaître ce « hors-limites » ?

Catherine Charmes. Dans le cours de l’instruction d’un dossier, l’avocat questionne son client pour comprendre comment les évènements se sont tissés pour parvenir à une situation. Puis, dans une négociation ou un procès nous sommes obligés de verbaliser, d’échanger des pièces, des preuves, de respecter des procédures, d’avoir des contacts avec l’autre, la partie adverse, les juges.

Les dossiers sont souvent le reflet d’un manque de clarification des besoins et des limites mutuels. Qu’est-ce que chacun attendait de l’autre mais qui n’a pas été formulé ? Quels besoins n’ont pas été satisfaits ?

Tu arrives aussi à un moment où une personne va pouvoir reconstruire autre chose.

Catherine Charmes. Lorsque j’interviens au moment où le conflit s’est embourbé, l’histoire d’amour avec l’entreprise ou le salarié commence à sérieusement vaciller. C’est la crise, c’est le divorce !

J’accompagne le salarié pour qu’il comprenne que malgré la séparation, ce n’est pas la fin de sa vie. Lorsque j’assiste un chef d’entreprise, je lui permets de rester concentré sur son métier.

Pour moi, le plus beau cadeau professionnel, c’est lorsque mon client crée une nouvelle activité ou une situation qui lui convient mieux. L’idéal est que chacun puisse se séparer dans la dignité afin de reprendre son énergie pour poursuivre son chemin.

Est-ce cela ton indicateur de réussite dans ton métier ?

Catherine Charmes. Ma satisfaction est là, c’est ce qui me dit que j’ai bien travaillé. Mon client et moi allons traverser les temps parfois durs de la séparation, de remise en question mais cela va générer un nouveau départ.