Gaëlle CUISY : Favoriser le mieux vivre des habitants

 

Interview : Janvier 2016

Gaëlle CUISY est architecte DPLG depuis 2000. Elle co-anime depuis quelques années la rubrique «Changer» de l’émission La Maison France 5 avec sa complice Karine Martin rencontrée à l’école d’architecture de Versailles. Ensemble elles ont monté leur agence GplusK. 

Nous avons rencontré Gaëlle pour qu’elle nous évoque ce qui fait son identité professionnelle d’architecte.

En fin d’article, vous trouverez le dernier ouvrage de Gaëlle et Karine.


Comment pouvez vous nous définir l’essence de votre métier ?

Gaëlle CUISY. Selon moi, l’essence des interventions de l’architecte est de favoriser le mieux vivre des habitants et donc le mieux être des personnes. C’est la dimension sociale de notre travail.

Sur une échelle plus grande, l’architecte urbaniste réalise l’implantation générale d’une ville, décide des plans directeurs pour donner l’implantation des bâtiments qui dessinent alors les rues. Cet espace au sol, redivisé en parcelles, impacte la cohésion sociale par sa distribution et sa destination. La délimitation au sol nous dit là où l’on habite.

Être un bon architecte n’est pas seulement faire du joli, c’est aussi assurer un rôle politique à travers la communication aux élus pour faire comprendre tout ce qui dans les éléments architecturaux permet l’intégration et le bien vivre ensemble.

Les espaces intérieurs et extérieurs sont imbriqués, indissociables. L’architecture intérieure devrait être imaginé dès le départ, mais n’est pas toujours pensée au delà de l’enveloppe extérieure. Pourtant, imaginer quelle sera la possibilité pour ranger, positionner le mobilier, circuler d’un endroit à un autre, ou se réunir, c’est ce qui permet ensuite de se sentir bien dans un espace. L’intérieur est loin d’être superficiel.

Ce que nous faisons au sein de l’agence GplusK est réalisé sur-mesure et comme pour les vêtements, le « sur-mesure » n’est pas accessible à tous. Les artisans à qui nous faisons appel disposent d’un savoir-faire précieux qui s’ajoute à notre travail de conception. Cela représente un budget dont tout le monde ne dispose pas.

Quel rêve aviez vous initialement lorsque vous avez choisi ce métier ?

Gaëlle CUISY. Ce qui est drôle c’est que lorsque l’on sort de l’école on est persuadé que l’on va faire de l’architecture extérieure. Or, j’ai démarré par hasard dans une agence spécialisée en architecture intérieure et j’ai tout de suite aimé ce que j’y faisais. La particularité est le travail sur une petite échelle.

Quelques années plus tard, nous avons monté avec Karine Martin l’agence GplusK avec ce même rêve de travailler sur des bâtiments, jusqu’à ce que je réalise que j’aime profondément l’architecture intérieure.

Dans la profession il peut parfois y avoir une forme de mépris vis-à-vis de l’intérieur qui paraitrait moins noble que l’architecture extérieure, pourtant nous sommes des métiers complémentaires qui fonctionnons selon le même ordre de pensée.

Quel(s) souhait(s) avez vous pour les années à venir ?

Gaëlle CUISY. Aujourd’hui nous sommes 6 au sein de l’agence et aimerions intervenir sur de plus grands projets. Nous travaillons sur des scénographies lors de commandes spécifiques, comme par exemple pour le Grand Palais et cela laisse la part belle à notre expression artistique. Cela nous amuse beaucoup de chercher de nouvelles choses. Ce n’est pourtant pas encore assez fréquent.

Aujourd’hui vous et Karine êtes connues à travers une rubrique de l’émission «La maison France 5» où vous présentez votre travail. De «connu(es)» à «reconnu(es)» quel est l’élément de mesure selon vous ?

Gaëlle CUISY. Nous sommes connues effectivement auprès du grand public et des journalistes. La reconnaissance, elle, vient des pairs ainsi que du type de commandes.

Souvent, l’architecture est un sport de « riches » et fonctionne avec le réseau. Pour autant, il serait faux de croire que l’on ne peut pas y arriver sans un bon réseau, mais il est assez évident que c’est plus difficile.

Il est en moyenne nécessaire de compter une dizaine d’années pour disposer d’une clientèle. C’est un travail de très longue haleine, mais une agence commence à devenir plus solide après 10 ans, même si tout reste toujours fragile.

Pour notre agence, les personnes viennent vers nous en toute confiance car elles ont en général vu notre travail. Pour les particuliers, c’est parfois toutes leurs économies qu’ils souhaitent investir dans un projet de transformation de leur intérieur. Nous entrons dans l’intime à travers par exemple le calcul de l’ensemble de ce qui est à ranger et à prendre en compte dans le projet. Nous avons à intégrer une dimension psychologique pour comprendre ce que nos clients aiment tout en allant au delà de la demande. Nous essayons d’étonner et de bousculer. Cette confiance est un cadeau extraordinaire.

Est-ce que votre notoriété a changé quelque chose dans votre vie ?

Gaëlle CUISY. Pas vraiment : je prends le métro, le train comme je le faisais auparavant. Cela n’a pas non plus changé mon niveau de vie sur l’aspect financier. Finalement, la télé est un métier comme un autre !


 

Voici un ouvrage de Gaëlle CUISY et Karine MARTIN publié en 2013 :

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